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Comprendre · Identifier

Apprendre à lire une pièce de monnaie

Guide rédigé par l'équipe de Maison Or & Bijoux Mougins · mise à jour le

Une pièce ancienne se lit comme une carte d'identité abrégée : un nom, des titres, une date, un lieu de frappe. Encore faut-il savoir où regarder et comment développer les abréviations. Voici le vocabulaire des différentes zones, les légendes latines que l'on croise le plus souvent et une méthode simple pour une pièce dont vous ignorez tout.

Chaque zone de la pièce a son nom

Les numismates découpent une monnaie en zones, et chaque mot désigne un endroit précis. Les connaître évite bien des malentendus quand on décrit une pièce au téléphone ou qu'on lit une fiche de catalogue.

  • L'avers, aussi appelé droit, est la face qui porte l'effigie ou le nom de l'autorité qui émet la pièce. Sur une 20 francs Napoléon III, c'est le côté du portrait.
  • Le revers est la face opposée. Il porte souvent les armoiries, la dénomination ou une allégorie.
  • Le champ est le fond lisse, la partie non gravée d'où ressortent le motif et les lettres.
  • Le listel est le rebord en léger relief qui fait le tour de chaque face. Il protège le dessin de l'usure quand la pièce est posée à plat.
  • Le grènetis est une couronne de petits grains en relief, placée le long du listel ou entre la légende et le champ.
  • L'exergue est le segment situé sous le motif, souvent séparé par un trait. Sur le souverain britannique au saint Georges, c'est là qu'on trouve la date et, pour les pièces frappées hors de Londres, la marque de l'atelier.
  • La légende est le texte qui court autour du motif. C'est elle qui donne le plus d'informations.

Une règle pratique : on décrit toujours l'avers en premier, puis le revers, puis la tranche. C'est l'ordre suivi par tous les catalogues.

Déchiffrer une légende latine

Jusqu'à la Révolution, les monnaies royales françaises parlent latin, comme celles de la plupart des souverains d'Europe jusqu'au XXe siècle. La légende d'avers énumère presque toujours la même chose : le nom du souverain, son numéro, la formule « par la grâce de Dieu », puis la liste de ses titres. On appelle cet ensemble la titulature.

Comme la place manque, les graveurs abrègent. Un point, deux-points ou un simple espace marquent la coupure. Sur un écu de Louis XVI, on lit LUD. XVI D. G. FR. ET NAV. REX : Louis XVI, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre. Sur le souverain de George V, la ligne GEORGIVS V D. G. BRITT: OMN: REX F. D. IND: IMP: se développe en roi de toutes les Bretagnes, défenseur de la foi, empereur des Indes. Le double T de BRITT signale un pluriel, à la manière des monnaies romaines.

Deux détails déroutent les débutants. D'abord, le V remplace le U : GEORGIVS se lit Georgius, AVST se lit Austriae. Ensuite, le revers porte parfois une devise pieuse plutôt qu'un titre. Les écus de Louis XVI affichent SIT NOMEN DOMINI BENEDICTUM, « béni soit le nom du Seigneur », et les louis d'or CHRS. REGN. VINC. IMPER., pour Christus regnat, vincit, imperat.

Après 1789, les légendes françaises passent au français : UNION ET FORCE sur l'Hercule de Dupré, BONAPARTE PREMIER CONSUL, puis NAPOLEON EMPEREUR. Les pièces étrangères, elles, restent fidèles au latin bien plus longtemps, comme les couronnes d'or austro-hongroises de François-Joseph.

Dénomination et date : ce qui paraît simple ne l'est pas toujours

La dénomination est le montant inscrit par l'autorité émettrice, en toutes lettres ou en chiffres : 20 FRANCS dans une couronne, 5 FRANCS sous l'Hercule, 100 KORONA ou C CORONAE sur les pièces autrichiennes. Quelques monnaies n'en portent aucune. Le thaler de Marie-Thérèse en est l'exemple classique : son identité tient au poids et au métal, pas à un chiffre gravé.

Le millésime, c'est-à-dire l'année gravée, réserve plusieurs surprises.

  • Les chiffres romains. Les 100 couronnes de 1915 portent MDCCCCXV, avec quatre C au lieu de la forme CM qu'on apprend à l'école.
  • Les dates figées. Le thaler est frappé au millésime 1780, année de la mort de l'impératrice, bien après sa disparition. Les 100 couronnes datées 1915 ont elles aussi été refrappées plus tard. La date lue n'est donc pas forcément l'année de frappe.
  • Le calendrier républicain. De 1792 à 1805, la France compte les années à partir de la proclamation de la République. Une pièce marquée « AN XI » ou « L'AN 11 » a été frappée entre le 23 septembre 1802 et septembre 1803. Ce calendrier est abandonné au 1er janvier 1806 : après l'an XIV, les pièces portent de nouveau un millésime grégorien.

Pour convertir un an républicain, ajoutez 1791 pour obtenir l'année du début de l'an, 1792 pour celle de sa fin. L'an XI va donc de 1802 à 1803.

Les petites lettres et les signatures

Près de la date ou sous le motif, une lettre isolée indique presque toujours l'atelier de frappe (A pour Paris en France) : le sujet a son propre guide, nous n'y revenons pas ici. À côté, on trouve souvent un ou deux petits symboles appelés différents : une ancre, une abeille, une étoile, qui identifient le directeur de l'atelier ou le graveur général. Ils servent à dater finement une pièce ou à la distinguer d'une variété voisine.

Il faut aussi repérer les signatures, gravées en tout petit sous le buste ou le long du listel. Quelques exemples qu'on rencontre sur des pièces présentées sur ce site :

  • Dupré sur l'avers des 5 francs Union et Force de l'an XI ;
  • Tiolier sous la tête de Bonaparte sur les 20 francs Premier Consul et les premières 20 francs Napoléon empereur ;
  • B. P., pour Benedetto Pistrucci, à droite de la date sur les souverains au saint Georges ;
  • S. F. sous le buste de Marie-Thérèse, pour les graveurs Schöbl et Faby ;
  • ST. SCHWARTZ sous le portrait de François-Joseph sur les 100 couronnes.

Une signature n'est jamais un détail décoratif. Son absence ou sa forme mal dessinée fait partie des indices qu'un numismate regarde quand il soupçonne une imitation.

Regarder aussi la tranche

La tranche est l'épaisseur de la pièce, le cercle qu'on voit quand on la tient entre deux doigts. Elle est souvent négligée, alors qu'elle permet de trancher entre deux types proches. On en distingue trois grandes familles.

  • La tranche lisse, sans aucun relief. Elle se rencontre surtout sur les petites divisions et sur certaines pièces non destinées à circuler.
  • La tranche cannelée, couverte de fines stries verticales. C'est celle des Semeuses d'argent, du souverain, du dollar Morgan ou de la 10 francs Hercule de 1965.
  • La tranche inscrite, qui porte une devise en creux ou en relief. Les 5 francs Union et Force de l'an XI disent GARANTIE NATIONALE. Les 20 francs Napoléon III et les 5 francs Hercule de 1873 portent DIEU PROTEGE LA FRANCE, entre de petites étoiles. Le thaler de Marie-Thérèse annonce sa devise latine de justice et de clémence.

Cannelures et inscriptions avaient un but très concret : rendre visible le rognage, cette fraude qui consistait à limer un peu de métal sur le bord des pièces d'or et d'argent. Aujourd'hui, elles aident à repérer des fautes de fabrication et certaines copies, dont la tranche est mal formée ou porte une devise qui ne correspond pas à la date.

Méthode : une pièce inconnue en sept étapes

Voici l'ordre que nous suivons au comptoir quand on nous tend une pièce dont personne ne connaît l'origine. Une loupe de grossissement 5 ou 10 et une bonne lumière rasante suffisent.

  • 1. Repérer l'alphabet et la langue. Latin, français, cyrillique, arabe : c'est le premier tri, avant même de lire un mot.
  • 2. Lire la dénomination. Elle donne le pays plus vite que le portrait : FRANCS, LIRE, KORONA, DOLLAR, РУБЛЕЙ.
  • 3. Chercher le millésime. Dans le champ, dans l'exergue, parfois au revers en chiffres romains, ou sous forme d'an républicain.
  • 4. Développer la légende. Notez-la lettre par lettre, avec les points, puis identifiez le nom du souverain ou le régime.
  • 5. Relever les lettres et les symboles. Atelier, différents, signature du graveur : notez tout sans chercher encore à interpréter.
  • 6. Examiner la tranche. Lisse, cannelée ou inscrite, et dans ce dernier cas, quelle devise.
  • 7. Mesurer et peser. Un pied à coulisse et une balance au centième de gramme permettent de vérifier que la pièce correspond au type trouvé.

Avec ces sept relevés, une recherche dans un catalogue papier ou en ligne aboutit dans la grande majorité des cas. Si vous butez sur une étape, photographiez les deux faces et la tranche et apportez la pièce à la boutique de Mougins : nous la lirons ensemble, gratuitement, dans le cadre d'une estimation.

Les pièges de lecture les plus courants

Certaines pièces semblent se contredire. Ce n'est pas un défaut, c'est l'histoire qui s'y lit.

  • Empereur et République sur la même pièce. Les 20 francs de 1807 associent NAPOLEON EMPEREUR à l'avers et RÉPUBLIQUE FRANÇAISE au revers. La mention EMPIRE FRANÇAIS ne s'impose au revers qu'à partir de 1809.
  • La devise placée au mauvais côté. Sur le dollar Morgan, E PLURIBUS UNUM se trouve du côté de la Liberté, et la petite lettre d'atelier (CC, O, S) sous la couronne du revers. Les pièces de Philadelphie n'en ont pas.
  • Un pays qui n'existe plus. Les 10 et 20 francs de Turin sont libellées en francs mais frappées hors de France : le nom de l'autorité dans la légende lève le doute.
  • Une date plus jeune que la frappe, ou l'inverse. Dates figées et refrappes officielles obligent à croiser le millésime avec la tranche, le poids et les détails de gravure.

Abréviations de légendes courantes et leur sens

AbréviationForme développéeSensOù la rencontrer
D. G. ou DEI GRA.Dei gratiapar la grâce de Dieuécus de Louis XVI, souverain, thaler, couronnes
REXrexroimonnaies royales françaises, souverain
REG. ou REGINAreginareinethaler de Marie-Thérèse
FR. ET NAV. REXFranciae (ou Francorum) et Navarrae rexroi de France et de Navarreécus et louis de Louis XV et Louis XVI
IMP.imperator ou imperatrixempereur ou impératricesouverain (IND. IMP.), thaler (R. IMP.), couronnes
R. IMP.Romanorum imperatriximpératrice des Romainsthaler de Marie-Thérèse
HU. BO. REG.Hungariae Bohemiae reginareine de Hongrie et de Bohêmethaler de Marie-Thérèse
ARCHID. AVST.Archiducissa Austriaearchiduchesse d'Autricherevers du thaler
DUX BURG. CO. TYR.Ducissa Burgundiae, comitissa Tirolisduchesse de Bourgogne, comtesse du Tyrolrevers du thaler
BRITT. OMN.Britanniarum omniumde toutes les Bretagnessouverains de George V
F. D.Fidei defensordéfenseur de la foimonnaies britanniques
IND. IMP.Indiae imperatorempereur des Indessouverains de 1911 à 1936
IMP. AVSTR. REX BOH.Imperator Austriae, rex Bohemiaeempereur d'Autriche, roi de Bohême100 couronnes de François-Joseph
ET AP. REX HUNG.et apostolicus rex Hungariaeet roi apostolique de Hongrie100 couronnes de François-Joseph
CHRS. REGN. VINC. IMPER.Christus regnat, vincit, imperatle Christ règne, vainc et commanderevers des louis d'or
SIT NOMEN DOMINI BENEDICTUM(non abrégée)béni soit le nom du Seigneurrevers des écus de Louis XVI
E PLURIBUS UNUM(non abrégée)un à partir de plusieursdollar Morgan
ETC.et ceteraet la suite des titres100 couronnes, monnaies des Habsbourg

Les formes développées suivent les catalogues Numista et les notices de vente de CGB et de musées. La ponctuation et l'orthographe (V ou U, AVST ou AUST) varient d'un millésime et d'une dénomination à l'autre.

Questions fréquentes

Comment savoir quelle face est l'avers ?

C'est la face qui porte l'effigie ou le nom de l'autorité émettrice. Sur une pièce sans portrait, comme certaines monnaies républicaines, les catalogues considèrent comme avers le côté de l'allégorie principale.

Ma pièce porte « AN 12 » : de quelle année s'agit-il ?

L'an XII du calendrier républicain court de septembre 1803 à septembre 1804. Ajoutez 1791 et 1792 au chiffre pour obtenir les deux années civiles concernées.

Pourquoi certaines légendes écrivent V à la place de U ?

Les graveurs suivent l'alphabet latin classique, qui n'utilisait qu'une seule lettre pour les deux sons. GEORGIVS se lit donc Georgius et AVSTR se lit Austriae.

Faut-il nettoyer une pièce pour mieux lire sa légende ?

Non. Une loupe et une lumière rasante suffisent dans presque tous les cas. Une légende usée se lit mieux en faisant tourner la pièce sous la lampe qu'en la frottant.