Patine et taches : lire la couleur d'une pièce
Guide rédigé par l'équipe de Maison Or & Bijoux Mougins · mise à jour le
Une pièce qui change de couleur n'est pas forcément abîmée. Certaines teintes sont le simple vieillissement du métal et font partie de son histoire, d'autres trahissent une réaction qui continue. Ce guide vous aide à faire la différence, métal par métal, et à ne pas aggraver ce qui peut l'être.
Pourquoi une pièce change de couleur
Le métal d'une monnaie réagit avec ce qui l'entoure : l'air, l'humidité, les composés soufrés, la sueur des doigts, le carton ou le plastique de son rangement. Le résultat de cette réaction lente est une fine couche en surface que l'on appelle la patine.
- L'argent réagit surtout avec le soufre de l'air. Il se couvre peu à peu de sulfure d'argent.
- Le cuivre et ses alliages, bronze et laiton, s'oxydent rapidement. Ils passent du rouge vif au brun, puis peuvent verdir.
- L'or pur ne s'oxyde pratiquement pas. Mais la plupart des pièces d'or anciennes sont alliées : les 20 francs Napoléon sont à 900 millièmes, le reste étant surtout du cuivre. C'est ce cuivre qui réagit.
Une patine n'est donc pas une saleté posée sur la pièce. C'est la surface de la pièce elle-même, transformée sur quelques millionièmes de millimètre. Quand on la retire, on retire du métal : c'est la raison pour laquelle les numismates la laissent en place. La question du nettoyage fait l'objet d'un guide à part, que nous ne reprenons pas ici.
Ce qui compte, pour vous, c'est de savoir si la couleur observée est stable, c'est-à-dire acquise et figée, ou évolutive, c'est-à-dire liée à une réaction qui progresse encore et peut ronger la pièce.
L'argent, du jaune paille au noir
Sur une pièce d'argent, la couche de sulfure s'épaissit avec les années. Tant qu'elle reste très mince, elle ne paraît pas grise : elle produit des couleurs par interférence de la lumière, comme une bulle de savon ou une flaque d'huile. Les Anglo-Saxons parlent de « toning ».
La progression suit à peu près toujours le même ordre quand la couche grossit : crème, jaune, doré, orangé, rouge, magenta, violet, bleu, puis brun et enfin gris-noir. Une 5 francs Semeuse restée des décennies dans une pochette en papier prend souvent un liseré doré ou bleuté en bordure. Un thaler qui a beaucoup circulé est plutôt d'un gris sombre uniforme, plus foncé dans les creux.
Cette patine naturelle se reconnaît à sa logique. Elle est plus dense sur le pourtour et sur les reliefs exposés, elle épouse la forme du rangement (une pièce rangée contre une autre garde une zone claire), et ses couleurs se fondent les unes dans les autres.
Elle est stable au sens où elle ne détruit pas le métal. Elle continue de foncer très lentement, mais ne creuse pas la surface. Beaucoup de collectionneurs recherchent les belles patines irisées, à condition qu'elles soient d'origine. C'est pourquoi la question suivante, celle des patines fabriquées, compte autant.
Le repatinage, ou patine artificielle
Une pièce décapée ou rayée paraît vite suspecte. Pour masquer ces défauts, ou pour imiter les couleurs recherchées, certains vendeurs appliquent une patine artificielle : chaleur, vapeurs soufrées, produits chimiques. Le procédé est ancien et les résultats sont parfois trompeurs, même pour des yeux exercés.
Quelques signes doivent alerter :
- une couleur trop régulière, étalée de la même façon sur les reliefs et dans les creux ;
- des teintes vives et franches sur une pièce très usée, alors que l'usure produit plutôt un assombrissement terne ;
- des rayures fines visibles sous la couleur, preuve que la pièce a été frottée avant d'être teintée ;
- une couleur qui ne suit pas la forme du rangement ni la circulation de l'air.
Les grandes sociétés de gradation américaines refusent de donner une note chiffrée aux pièces jugées repatinées : elles les classent à part, avec une mention du problème. Sur le cuivre et le bronze, on rencontre aussi des pièces brunies artificiellement pour cacher un nettoyage. Le bon réflexe est le même : ne jamais tenter de « corriger » une couleur soi-même, et montrer la pièce à un numismate en cas de doute.
Cuivre et bronze : rouge, brun, et deux sortes de vert
Une pièce de cuivre neuve est rouge orangé. Au contact de l'air et des mains, elle brunit. Les grilles américaines notent cette évolution par trois codes : RD pour une pièce qui garde l'essentiel de son rouge d'origine, RB pour un mélange de rouge et de brun, BN pour une pièce entièrement brune. Le brun est la patine normale du cuivre, et elle est stable.
Le vert demande plus d'attention, car il recouvre deux phénomènes très différents.
- Le vert-de-gris, au sens de patine, est une couche verte formée lentement par l'humidité et le gaz carbonique de l'air, faite de sels basiques de cuivre. Lisse, dure, bien adhérente, elle est généralement stable. On la voit sur les bronzes anciens et sur des monnaies retrouvées en terre.
- La « maladie du bronze » se présente au contraire comme une poudre vert clair, sèche, qui sort de petites piqûres. Elle vient de chlorures piégés contre le métal. En présence d'humidité et d'oxygène, ils attaquent le cuivre sain, se reforment et recommencent : la réaction s'entretient d'elle-même et creuse la pièce.
Le geste utile face à une poudre verte : isoler la pièce des autres, la placer dans un endroit sec et la montrer rapidement. Les restaurateurs considèrent que maîtriser l'humidité est le moyen le plus efficace de freiner ce type de corrosion. Ne grattez pas : vous ouvririez de nouveaux points d'attaque.
Le film gras des pochettes souples
Les pochettes et feuilles de classeur souples des années 1970 à 1990 sont souvent en PVC. Pour rester souple, ce plastique contient un plastifiant qui migre avec le temps. Il se dépose sur la pièce sous forme d'un film gras, vert pâle, d'abord sur les reliefs. Avec la chaleur et l'humidité, ces résidus peuvent former de l'acide chlorhydrique, qui marque ensuite la surface de manière définitive.
Aucun métal n'est à l'abri, puisque c'est le plastique qui dégage le dépôt. La teinte verte, elle, vient en bonne partie de la réaction avec le cuivre présent dans l'alliage de la pièce.
Comment reconnaître une pochette en PVC : la pièce semble collée au plastique, une trace verte reste parfois à l'intérieur, et la pochette se plie dans tous les sens sans craquer ni blanchir. Les pochettes plus sûres, en Mylar ou en acétate, sont plus raides et se fendent si on les force.
Au stade du film, le dépôt peut encore être retiré par un professionnel de la conservation. Une fois que l'acide a mordu, la marque reste. Si vous héritez d'un classeur ancien aux feuilles molles, sortez les pièces sans attendre et rangez-les dans un support neutre, comme nous l'expliquons dans le guide conserver ses pièces.
Taches blanches sur l'argent pur récent
Les pièces modernes en argent fin, dites « bullion », frappées à 999 ou 999,9 millièmes, présentent parfois des taches blanches, laiteuses, qu'on appelle en anglais « milk spots ». On les signale surtout sur la Maple Leaf canadienne, la Britannia britannique et la Philharmonique de Vienne, mais d'autres séries sont touchées.
Leur origine n'est pas établie avec certitude. La Royal Mint les relie au recuit, l'étape où les flans sont chauffés pour ne pas devenir cassants avant la frappe. D'autres sources évoquent des résidus de la solution de rinçage. Ce qui est sûr, c'est qu'elles ne sont pas causées par le propriétaire : elles peuvent apparaître après plusieurs mois de stockage, même sur une pièce restée dans son tube ou sa capsule d'origine.
Les monnaies ont réagi. La Monnaie royale canadienne applique depuis 2018 à ses Maple Leaf argent une protection de surface invisible, baptisée MintShield, qui réduit nettement le phénomène sans l'éliminer à coup sûr. La Perth Mint dit avoir amélioré la filtration de l'air de ses ateliers.
Ces taches sont évolutives : elles peuvent apparaître ou s'étendre avec le temps, sans qu'on puisse prévoir sur quelles pièces. Les frotter, les gommer ou les passer au bain raye la surface ou retire une couche d'argent : le remède est pire que le mal.
Points rouges sur l'or
Des points ou des traînées rouge orangé apparaissent sur certaines pièces d'or. Ils correspondent à des zones où le cuivre de l'alliage, ou une impureté métallique, se trouve concentré en surface. Ce cuivre s'oxyde, alors que l'or autour ne bouge pas, d'où la couleur.
Sur les pièces anciennes à 900 millièmes, comme les 20 francs Napoléon III ou les dollars américains d'avant 1933, ces taches sont un trait naturel. Le service de gradation NGC les considère souvent comme un signe d'authenticité de la surface et n'en tient compte que dans les cas extrêmes. Sur l'or presque pur, elles sont plus rares, mais des collectionneurs et des négociants en signalent sur des pièces de bullion récentes. Les explications divergent alors : poussière métallique tombée pendant la frappe, traces d'argent ou de cuivre dans le centième restant.
Ces points sont en général stables une fois formés, et l'humidité reste à éviter par prudence. Seul un professionnel de la conservation peut les atténuer sans abîmer la surface d'origine. Les poncer ou les gratter, même avec l'ongle, laisse une marque bien plus visible que la tache.
Tache, métal, cause : ce qu'il faut faire
| Tache | Métal | Cause | Ce qu'il faut faire |
|---|---|---|---|
| Patine dorée, bleue ou violette (toning) | Argent | Fine couche de sulfure d'argent, interférence de la lumière | La laisser. Stable. Vérifier qu'elle suit la logique du rangement. |
| Gris foncé à noir | Argent | Sulfure d'argent épais, pièce ancienne ou ayant circulé | La laisser. Stable. |
| Couleur vive et uniforme, rayures dessous | Argent, cuivre | Repatinage après un nettoyage | Ne rien faire soi-même. Faire examiner la pièce. |
| Brun | Cuivre, bronze | Oxydation normale du cuivre | La laisser. Stable. |
| Vert lisse et dur | Cuivre, bronze | Sels basiques de cuivre formés par l'air humide | La laisser. Généralement stable, surveiller. |
| Poudre vert clair dans des piqûres | Cuivre, bronze | Chlorures actifs (maladie du bronze) | Isoler, garder au sec, faire voir rapidement. Évolutif. |
| Film gras vert pâle, pièce collée à la pochette | Tous | Plastifiant du PVC, acide en présence d'humidité | Sortir la pièce, changer de support. Évolutif. |
| Taches blanches laiteuses | Argent 999 récent | Lié à la fabrication (recuit, rinçage), cause débattue | Ne pas frotter. Stocker au sec, toucher par la tranche. Évolutif. |
| Points ou traînées rouges | Or allié, parfois or fin | Cuivre ou impureté concentrés en surface | Ne pas gratter. Généralement stable. |
| Traces de doigts qui foncent | Argent, cuivre | Sels et acides de la peau | Manipuler par la tranche. Évolutif si la pièce reste humide. |
Synthèse établie à partir de NGC, de la Royal Mint, de la Monnaie royale canadienne et des ressources de conservation du patrimoine citées en sources. « Stable » signifie que la tache ne ronge pas le métal ; elle peut encore changer très lentement de teinte.
Questions fréquentes
Une pièce d'argent noircie est-elle abîmée ?
Non, en général. Le noir est une patine de sulfure d'argent, stable, qui protège plutôt la surface. Elle fait partie de l'histoire de la pièce et les collectionneurs préfèrent la voir intacte.
Ma Maple Leaf a des taches blanches alors qu'elle est restée dans son tube : est-ce normal ?
Oui, c'est un défaut connu des pièces d'argent fin récentes. Il est lié à la fabrication et peut apparaître après des mois de stockage. Ne la frottez pas.
Comment distinguer une patine verte stable d'une corrosion active ?
Une patine stable est lisse, dure et colle au métal. Une corrosion active forme une poudre vert clair qui se détache, souvent dans de petits trous. Dans le doute, isolez la pièce et gardez-la au sec.
Les points rouges sur une pièce d'or sont-ils le signe d'un faux ?
Non. Sur l'or allié au cuivre, ils sont naturels et sont même un indice de surface d'origine. Ils ne disent rien à eux seuls de l'authenticité : le poids, les dimensions et la gravure restent les vrais critères.
Apprendre à lire une pièce de monnaie
Lire IdentifierGlossaire de la numismatique
Lire EntretenirRanger et conserver ses pièces
LireSources
- Gold Coin Grading: Seeing Spots Is Not Necessarily a Bad Thing, NGC
- Recognizing Coin Holders That Contain PVC, NGC
- Learn Grading: What are BN, RB and RD?, NGC
- Milk spotting, The Royal Mint
- Royal Canadian Mint introduces MintShield, JM Bullion
- Royal Canadian Mint develops milk spot fix, Coin World
- Silver milk spots, StoneX Bullion
- What are milk spots, Atkinsons Bullion
- Red spots on gold coins, Tavex
- Bronze disease, Conservation Wiki (AIC)
- Scott, Bronze Disease: A Review, JAIC 1990
- Vert-de-gris, Wikipédia
- Understanding coin toning, Numisview
- Artificially toned coins vs naturally toned coins, APMEX