Une date restée en 1780
Marie-Thérèse gouverne les terres des Habsbourg de 1740 à 1780. Ses premiers thalers sortent en 1741. Une réforme de 1750 définit la pièce à partir du marc de Vienne : un dixième de marc d'argent au titre de 833 millièmes, ce qui donne à peu près 23,39 g de métal pur. Trois ans plus tard, un accord monétaire avec la Bavière étend ce standard à de nombreux États allemands.
L'impératrice meurt en novembre 1780. Les ateliers poursuivent pourtant la frappe de son thaler sans toucher au millésime, qui reste 1780 jusqu'à aujourd'hui. En septembre 1857, l'empereur François-Joseph lui donne le statut de monnaie destinée au commerce extérieur ; un an plus tard, fin octobre 1858, elle cesse d'avoir pouvoir libératoire en Autriche. La fabrication pour l'export, elle, ne s'interrompt pas.
Retenez la conséquence pratique : sur un thaler de Marie-Thérèse, le chiffre 1780 indique un modèle, pas une année de fabrication. Pour bien lire légendes et abréviations, la page lire une pièce donne la méthode.
De Vienne à la mer Rouge
Ce thaler a gagné la confiance de marchands très éloignés de Vienne. L'Éthiopie l'utilise dès le XVIIIe siècle ; l'Arabie, le Yémen, le port de Mascate et une partie de l'Inde suivent. Les utilisateurs refusaient toute autre pièce, si bien que plusieurs États ont fini par reproduire celle-ci à l'identique.
Rome reçoit en 1935 une concession de vingt-cinq ans pour le fabriquer. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques en sortent des quantités énormes, à Londres comme à Bombay, pour financer leurs opérations en Afrique orientale. Vienne réclame en 1961 la fin de ces frappes étrangères ; le Royaume-Uni obtempère l'année suivante, et depuis, seule la Monnaie autrichienne le produit officiellement.
Sur deux siècles et demi, le total frappé avoisinerait 389 millions de pièces. Ces longues années d'usage laissent des traces : beaucoup de thalers ont circulé des décennies, ont été poinçonnés, percés ou munis d'une bélière pour être portés en parure. Ces marques racontent un parcours, mais éloignent la pièce de ce que recherche un collectionneur de variétés.
Broche, queue d'aigle, surface : les trois indices
La surface. Une refrappe viennoise d'après 1946 arrive en général sans aucune usure, aux reliefs vifs et au champ brillant. Un thaler au poids juste, parfaitement dessiné et sans trace de circulation est presque toujours récent.
La broche. Celle des frappes d'époque de Günzburg a un dessin propre, le type I du classement ; les variétés anciennes de Vienne portent une broche à perles dont le nombre va de quatre à huit.
L'aigle. Comptez les groupes de plumes de la queue : disposition 1-3-1 sur les frappes viennoises depuis 1853, 1-2-1 sur celles de Londres et de Bombay entre 1936 et 1961.
Aucun indice ne tranche seul. Les lettres S. F. apparaissent aussi sur les refrappes, et quelques détails réputés tardifs se voient sur des pièces du XVIIIe siècle : pour une attribution fine, on confronte la pièce au tableau de Hafner. Côté usure, les plis du voile, la broche et le sommet du buste s'aplatissent les premiers ; côté aigle, ce sont la couronne et le détail de l'écu central. Une tranche dont l'inscription s'efface signale un long usage.
Ce qu'il ne faut pas prendre pour un thaler 1780
- Les thalers frappés du vivant de l'impératrice, entre 1741 et 1780 : la date varie et le portrait évolue avec les années.
- Les thalers d'autres souverains de la fin du XVIIIe siècle, Joseph II, Léopold II ou des princes allemands : même gabarit, mais un autre visage et une autre légende.
- Le tallero d'Érythrée : créé par Rome en 1890 pour faire concurrence au thaler autour de la mer Rouge, il porte le profil d'Humbert Ier.
- Les monnaies éthiopiennes de Ménélik II, émises dès 1894 avec le portrait du souverain.
- Les éditions spéciales de Vienne, comme celle de 2017 pour le tricentenaire de la naissance de Marie-Thérèse : date différente ou mention commémorative.
- Les imitations fabriquées sur place en Afrique ou au Proche-Orient et les copies de souvenir : poids souvent sous 28 g, métal sans argent, son mat, tranche mal lettrée.
D'autres monnaies d'Europe centrale sont présentées dans la rubrique monnaies étrangères, par exemple les couronnes or d'Autriche-Hongrie.