Vingt et un écus pour dessiner l'Italie
L'avers est une petite leçon de géographie. Autour du buste, chaque écu représente une ville ou une région de la jeune République : on y reconnaît, en tournant la pièce, Gênes, Turin, Aoste, Milan, puis le sud jusqu'à la Sicile et Cagliari pour la Sardaigne. Dix-neuf sont entièrement visibles, deux autres disparaissent en partie derrière le buste et restent vides.
Ce pourtour renseigne aussi sur l'usure. Sur un exemplaire qui a beaucoup circulé, les figures internes des écus s'effacent d'abord, puis leurs contours se fondent dans le champ. La chevelure du buste et les broderies du vêtement suivent : sur une pièce très usée, elles forment une masse lisse.
Au revers, regardez les voiles gonflées, les cordages et les flammes en haut des mâts. La signature VEROI, minuscule, ne se lit bien que sur une pièce peu circulée. Si elle est nette, l'état est probablement bon.
L'argent à 835 ‰ prend avec le temps une patine grise, parfois irisée. Laissez-la en place : un nettoyage raye la surface. La page patine et taches détaille ce qui peut rester tel quel.
Porte-monnaie ou coffret : une pièce, deux destins
Aucune des deux faces n'indique l'année. La seule façon de dater une Caravelles est de lire sa tranche, sous une bonne lumière, en faisant tourner la pièce. Un 1960 et un 1995 sont parfaitement identiques de face.
Cette date sépare deux familles. De 1958 à 1967, la Caravelles est une vraie monnaie : les Italiens la reçoivent au marché, la gardent dans la poche, l'usent. Elle disparaît de la circulation à la fin des années 1960. À partir de 1968, la Monnaie de Rome ne la frappe plus que pour ses séries annuelles destinées aux collectionneurs, en 1968, 1969 et 1970, puis chaque année de 1980 à 2001. Ces exemplaires-là n'ont presque jamais circulé : surface nette, éclat d'origine, parfois fond miroir.
Une Caravelles des années 1980 trouvée seule, hors de son étui, garde souvent cet aspect neuf. Une pièce de 1959 au contraire montre presque toujours l'usure de la poche. Pour lire correctement une tranche abîmée, la méthode de la page lire une pièce s'applique. La lire n'est plus une monnaie légale en Italie depuis le 28 février 2002.
L'épreuve PROVA de 1957
Le ministre du Trésor Giuseppe Medici voulait en 1957 une pièce en métal précieux pour marquer la stabilité retrouvée de la lire. Après plusieurs essais de revers, les trois navires de Colomb sont retenus. Fin 1957, une première version portant le mot PROVA est frappée et offerte aux parlementaires.
Un officier de marine relève une incohérence : en haut des mâts, les flammes partent vers la gauche, tandis que les bateaux voguent vers la droite. Le vent soufflerait donc à l'envers. Les marins ne sont pas tous d'accord, mais la Monnaie corrige le dessin : dès 1958, sur toutes les pièces de circulation, les flammes suivent la direction des bateaux.
Pour reconnaître l'épreuve, trois signes doivent se trouver ensemble : le mot PROVA au revers, les drapeaux vers la gauche et 1957 sur la tranche, où REPUBBLICA s'écrit avec un U. Le nombre d'exemplaires reste débattu : le projet en prévoyait un millier, mais la Guardia di Finanza en a recensé plus de 2 200 lors d'une enquête menée en 2000.
Les autres 500 lires à écarter
Le centenaire de l'Unité, 1961. Même argent, même poids, mais un dessin de Guido Veroi sans aucun navire : une figure de l'Italie et un char à quatre chevaux, avec les dates 1861 et 1961.
Dante, 1965. Le visage du poète remplace le buste, et le revers évoque la Divine Comédie. La tranche célèbre le septième centenaire de sa naissance. Cette pièce a circulé à côté des Caravelles.
La 500 lires bimétallique, 1982-2001. Plus petite (25,8 mm, 6,8 g), avec un centre jaune et un anneau blanc et la place du Quirinal au revers. Elle ne contient pas d'argent : c'est elle qui remplit d'ordinaire les fonds de tiroir.
Les copies. Une pièce d'origine pèse 11 g. Un poids nettement inférieur, un son mat quand on la fait tinter ou une tranche sans inscription doivent faire douter.
D'autres grosses pièces d'argent étrangères sont présentées sur la page pièces d'argent, dont le thaler de Marie-Thérèse.